Le syndrome de Hikikomori, quand les jeunes choisissent de se cloitrer chez eux

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Rédigé par Julie P. et publié le 10 avril 2026

Signifiant en japonais « se cloitrer chez soi » l’hikikomori est un phénomène de retrait social prolongé, touchant majoritairement les adolescents et les jeunes adultes. Défi majeur pour la société japonaise, des cas ont été signalés ces dernières années aux Etats-Unis et dans plusieurs pays européens, dont la France. Décryptage de cet isolement extrême, un paradoxe dans nos sociétés hyperconnectées.

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S’isoler du monde et de la société

Touchant particulièrement les garçons, le syndrome d’Hikikomori a été décrit pour la première fois par un psychiatre japonais en 1998, Tamaki Saito. Il décrit alors des individus adoptant un mode de vie centré exclusivement sur leur domicile avec un désintérêt manifeste pour l’école ou le travail, et même les relations familiales et amicales.

Pour poser le diagnostic, l’individu doit être isolé depuis plus de six mois et ne pas présenter de schizophrénie ou de déficience intellectuelle ou encore d’addiction aux Web et aux jeux vidéos. On observe souvent cependant la présence d’une dépression et/ou d’une anxiété sociale chez ces personnes vivant dans un état de solitude absolue.

Leur quotidien se résume souvent à vivre la nuit et dormir le jour, avec pour principales occupations Internet, les séries télévisées et les jeux vidéo. Apparaissant dès l’âge de 12 ou 13 ans, le syndrome débute avec un absentéisme scolaire, l’évitement des interactions sociales et des déplacements.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce repli sur soi : rejet des codes de la société, impossibilité à donner du sens à sa vie, difficultés à gérer des angoisses, pression du milieu scolaire ou professionnel, harcèlement scolaire, mal-être psychologique ou encore peur des autres et de l’avenir. Aujourd’hui, le débat pour le rattachement de ce syndrome à un trouble psychopathologique ou bien à une posture sociale n’est toujours pas tranché.

Un syndrome devenu mondial

Selon une étude dirigée par le neuropsychiatre japonais Takahiro Kato de l’université Kyushu, 1,2 % des Japonais subiront le syndrome Hikikomori au cours de leur vie. Et ce phénomène risque de s’accentuer dans l’avenir avec un réel impact socio-économique pour le pays du soleil levant.

Les autorités sanitaires nippones s’alertent compte tenu du peu de pédopsychiatres sur l’Archipel. De même, certaines familles de patients, souvent honteuses, tardent à consulter. Et à l’inverse, certains entourages tolèrent la situation et n’obligent pas la personne qui s’isole à consulter un spécialiste.

En 2004, le gouvernement japonais s’est organisé sur la gestion de cette nouvelle problématique. Un comité d’experts a établi une définition et élaboré un outil diagnostique standardisé composé de 45 items : la Hikikomori Behavior Checklist. A partir des années 2010, des cas ont été recensés en Espagne, en Italie, en Corée du Sud et, depuis peu, en France.

Selon Marie-Jeanne Guedj-Bourdiau, médecin psychiatre à l’hôpital Saint-Anne à Paris, le phénomène est déjà très présent en France. Elle a accueilli dans sa structure plus d’une trentaine d’individus concernés, âgés de 16 ans à 30 ans, sur une période de 15 mois. Non conscients du caractère anormal de leurs conduites, 70% d’entre eux avaient une pathologie psychiatrique sous-jacente.

Comment accompagner ces jeunes en souffrance ?

La prise en charge de ces adolescents et jeunes adultes est complexe, et seul un accompagnement long et progressif permet d’obtenir une forme de guérison. Ils ont souvent vécu jusqu’à deux années ou plus isolé du monde extérieur, rendant d’autant plus difficile le retour dans « la vraie vie ».

Cet accompagnement sanitaire et social se compose d’entretiens parentaux et d’un travail psychothérapeutique avec l’entourage proche et bien sûr, avec le patient.
Les premières séances visent une évaluation clinique et psychopathologique d’un éventuel trouble psychiatrique. Les mises en relation se font quelques fois progressivement par messages, téléphones et visioconférences. Puis, des visites à domicile peuvent être organisées par les professionnels de santé.

L’entretien parental permet de recueillir différentes données : degré d’inquiétude, historicité des signes présentés par le jeune, degré de compréhension du trouble du jeune et capacité de soutiens des parents.

Pour le jeune, des exercices de réintroduction progressive dans le monde extérieur sont organisés, avec une valorisation de chaque progrès. Il est aussi question de réapprendre à vivre avec un rythme normal. Un accompagnement est mis en place pour améliorer l’hygiène de vie intégrant notamment le sommeil, l’alimentation et l’activité physique. Quand l’isolement perdure depuis trop longtemps et que l’individu présente des symptômes associés (dépression, agressivité par exemple), l’hospitalisation peut s’avérer nécessaire. Après des améliorations notables sur l’ouverture au monde et aux autres, les interrogations porteront sur l’inclusion du jeune via un projet d’études ou l’entrée dans le monde du travail.

Nouveaux ascètes des temps modernes, ces conduites de claustration interrogent les professionnels de santé, les parents et la société tout entière. Entre troubles psychologiques et positionnement social, les rasions poussant ces jeunes à se cloitrer chez eux demeurent encore incomprises.

Source : 

    • Des cas d’hikikomori en France. Le Monde. Consulté le 19 février 2026.
    • Adolescence recluse et refus de l’altérité : le phénomène Hikikomori. Cairn Info. Consulté le 19 février 2026.